L’indice Ouest-Africain de Risque Pays ( WACRI - toujours en phase test) prend en compte davantage ce mois-ci les orientations politiques structurelles comme dans le cas du Sénégal (le choix de la non-restructuration avec le FMI et la mise à jour des données budgétaires), les conséquences des tensions géopolitiques sur les chaînes d’approvisionnement, ou encore le calendrier électoral dans certains pays. Les tensions terroristes au Mali alertent aussi toute la région.
Sur le plan économique, à l’échelle de l’Afrique subsaharienne, selon le rapport Performances et perspectives macroéconomiques de l'Afrique (MEO) 2026 de la BAD, les perspectives de croissance ont été abaissées à 4,3% pour 2026 et 4,4% pour 2027, alors qu’elles s’établissaient à 4,6% pour les deux années en janvier. Ces prévisions reposent sur l’hypothèse que le conflit au Moyen-Orient reste limité dans le temps et dans son ampleur.
Certaines de ces informations ont impacté notre notation des risques des pays ouest-africains, à l’exemple du Nigeria dont le risque économique est passé de 3,5 à 3,9, avec en sus 15,4% d’inflation en mars en glissement annuel après 15,1% en janvier et février.
⁃ Le Mali et le Sahel
L’indice WACRI du Mali passe de 4,3 à 4,5 du fait des récents attentats coordonnés. Le 25 avril 2026, une offensive coordonnée du JNIM et du Front de libération de l'Azawad frappe simultanément Bamako, Kati, Kidal, Gao, Sévaré et Mopti. On parle de l'attaque la plus coordonnée de toute l'histoire du conflit malien. Le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué. Les attaques sur Bamako et Kati sont particulièrement significatives : elles frappent le cœur de l'autorité politique et militaire du gouvernement de transition, révélant la vulnérabilité des zones les plus sécurisées du pays.
Ces faits impactent la sécurité de toute la zone. L’indice WACRI du Niger passe de 4,2 à 4,3 et celui du Burkina est maintenu à 4,2. Les risques cyber et les risques sécuritaires restent particulièrement élevés dans ces pays du fait de la guerre informationnelle et de l’immaturité du cadre et des infrastructures numériques.
Cependant, les armées des pays de l’AES restent résilientes et les groupes terroristes n’ont pas la capacité d'occuper tout le territoire ou les infrastructures majeures (même si le risque d’instabilité persiste). Le Mali a enclenché une riposte dans les zones sous assaut des groupes terroristes ; le Burkina a lancé le 28 avril l’opération « WIBGA-2 », et le Niger reste en état d’alerte avec l’annulation des défilés du 1er mai, après avoir mené des frappes aériennes conjointes à Gao, Ménaka et Kidal dans les heures suivant les attaques du 25 avril
⁃ Un paradoxe ghanéen
L’indice à la hausse du Ghana passant de 2,4 à 2,7 s’explique simplement par les réajustements méthodologiques et structurels prenant en compte un peu plus la vulnérabilité du pays aux chocs sur les matières premières et les risques cyber. Le risque économique est passé ainsi de 2,5 à 2,7 mais est appelé à baisser dans les mois à venir. En effet, le Ghana renforce la diversification et l’industrialisation du pays. La seule usine de raffinage de pétrole (Tema) du Ghana a repris ses activités en décembre 2025 et les exportations de produits finis se renforcent.
Cependant, le Ghana se heurte à une baisse de production dans le secteur du cacao et se caractérise encore par une forte dépendance à l’agriculture pluviale.
Malgré les tensions sécuritaires régionales et mondiales, le Ghana reste néanmoins un pays stable, avec des perspectives d’investissements intéressantes, qui lui valent des notes de risques sécuritaire et politique <2 dans le WACRI. Son risque réglementaire est faible (2,3) mais mérite une attention depuis l’annonce de la fin des plans d’ajustement avec le FMI et qui pourraient aboutir à un changement de cadre pour renforcer l’endogénéisation de l’économie.
⁃ L’indice du Sénégal à la hausse mais en “risque modéré”
Le Sénégal passe de 2,6 à 2,8 du fait de la prise en compte des tensions sur la dette, des risques cyber (passant de 2,8 à 3,1), un taux de chômage à 23,3% (ANSD) et du risque climatique qui passe de 2,5 à 2,8 du fait du rapprochement de la saison des pluies.
L’absence de restructuration avec le FMI et le recours au marché régional rendent le remboursement de la dette sénégalaise un peu plus risqué sans bouleverser la crédibilité du pays. Le Sénégal diversifie ses relations économiques et atteint tous ses objectifs de levée de fonds depuis deux ans.
Son WACRI est impacté par la saison des pluies en approche, qui peut entraîner des inondations et remettre en question la fluidité des transports dans certaines zones du pays. Le risque cyber est en hausse du fait de la digitalisation progressive du pays dans le cadre du New deal technologique mais sous des risques de cyberattaques qui se sont déjà manifestées.
- Le Bénin : un risque politique en baisse
Entre le 31 mars et le 1er mai 2026, le Bénin voit son risque politique baisser significativement (de 3,8 à 2,4), porté par la tenue de l'élection présidentielle du 12 avril. Romuald Wadagni, dauphin de Talon, remporte le scrutin avec 94% des voix dans un climat globalement apaisé salué par la CEDEAO. Une victoire de l’ancien ministre des finances qui rassure davantage des marchés par sa notoriété sur les questions d’orthodoxie budgétaire.
La transition est pacifique et le respect des limites constitutionnelles par Talon constitue un signal positif rare dans la région. Il faut cependant relativiser : le principal parti d'opposition, Les Démocrates, n'a pu valider aucune candidature, et les conditions de parrainage particulièrement restrictives ont réduit le scrutin à un face-à-face assez déséquilibré. Des réformes constitutionnelles décriées, dont l'extension du mandat présidentiel à sept ans, assombrissent également le tableau démocratique. La tentative de coup d'État du 7 décembre 2025 contre la résidence de Talon, bien que rapidement écrasée, a laissé des traces avec un climat politique légèrement tendu. Le score composite reste à 3,2, avec un risque sécuritaire (3,1) qui demeure le principal point de vigilance, alimenté par la pression terroriste persistante au nord.
Le pays reste cependant attractif, jouit d’une assez bonne image à l’international et le score WACRI passe de 3,2 (profil standard) à 2,8 pour un profil investisseur.
Note méthodologique :
Au-delà des évolutions pays, cette mise à jour intègre également une révision méthodologique importante. Le risque géopolitique a été revu pour l’ensemble des pays du fait d’une surestimation technique en mars. Les sous-critères “sanctions internationales”, “dépendances stratégiques” et “influence extérieure” ont été revus et refondus. 4 pays ont connu une hausse de l’indice de risque géopolitique, 1 stable (Sierra Leone), 11 en baisse.
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